CORANWEB

Témoignage: Noredine F. Hafidh Al Quran à 19 ans

 

 

.

Peux tu te présenter à nos lecteurs ?

As salam aleykoum, je m’appelle Nordine F. je viens d’avoir 24 ans, je suis français d’origine marocaine. Je suis issus d’une famille modeste de huit enfants, 4 filles et 4 garçons. J’ai arrêté l’école avant le BAC, pas parce que j’en avais assez mais plutôt parce que j’étais très motivé d’apprendre et de réciter le Saint Coran. J’étais plutôt bon élève, j’avais des bonnes notes sans rien faire, il suffisait que j’écoute le professeur et le cours était acquis pour moi.

Al hamdoulilah ma famille est pratiquante et elle a toujours respecté le Saint Coran. Depuis tout petit, mon père me disait pour plaisanter « quand tu seras grand, tu seras hafidh » et quand je faisais des bêtises il me disait « je vais t’envoyer dans une madrassa au Pakistan !». C’était à l’époque des plaisanteries mais avec le temps par le fait que le mot Coran se répétait de différentes manières de sa bouche, j’ai vite compris la valeur que ce Coran avait aux yeux de mon père. Il n’a pas eu l’occasion de l’apprendre en totalité puisqu’il était orphelin (de père) et dès le plus jeune age il a du s’occuper de ses sœurs et de sa mère.

J’ai toujours vécu dans une ambiance de Coran, j’ai plusieurs amis qui sont hafidh issus de parents hafidh, ils étudient aujourd’hui les sciences religieuses.



.Comment as tu appris le coran et qu’est ce qui t’a motivé ?

Depuis le plus jeune age, j’ai étudié avec les imams de ma ville qui ont tous joué un rôle important en m’encourageant à apprendre le Coran dont le père et le frère de mon ami Abdellah que vous avez précédemment interviewé. Il y a des gens comme cela qui juste par leur présence, leur existence et leur parcours sont une source de motivation à elle seule et ça n’a pas toujours été facile pour eux.

J’ai commencé le hifhd à plein temps en internat dans une madrassa de ma ville natale (en France) à l’age de 16 ans. J’ai vite fait de comprendre à cet âge là que la récitation du Saint Coran était une adoration qui doit sincèrement être vouée à Allah comme les autres adorations. On se réveillait un peu avant la prière de Sobh pour réviser, préparer la classe et l’endroit du professeur. Une fois la prière de sobh accomplie on récitait les uns après les autres notre thumun (huitième de hizb) appris la veille. Ensuite, la priorité était donnée aux chapitres appris récemment (hizb jadid) et les moins bien acquis. Il y avait un bon suivi. Après la prière de dhorr, nous avions deux heures de cours consacrées à la langue arabe et aux différentes sciences islamiques. Les cours reprenaient ensuite de 18 à 20h consacrés à l’apprentissage du Coran (hifh) quand aux révisions chacun gérait son temps comme il le voulait tout en respectant l’extinction des feux à 22h (hors période d’été).

Durant les deux premières années (de 2003 à 2004) j’étais interne et revenais chez moi un jour du week end que je consacrais à la famille. En 2005, j’ai rejoins le grand frère de mon ami qui est élève de Cheikh Aymen Swayd Rochdi duquel il a reçu Ijaza des 10 petits lectionnaires (Ijaza des 10 petites lectures, par la voix du poème As Shatibya et Ad-Dorrah). Il m’a enseigné les règles de tajwid et m’a beaucoup conseillé, aujourd’hui je reste proche de cette personne ouverte et clairvoyante. Je me souviens d’une parole qu’il m’avait dit « Le plus important pour un professeur n’est pas d’enseigner le Coran d’une manière stricte et inconfortable mais plutôt de pousser son élève à aimer le Coran et en faire un mode de vie ». C’est aussi ce professeur qui m’a guidé quand à l’influence que les différents récitateurs avaient sur ma personne, notamment les récitateurs égyptiens et des Chouyoukh comme Omar Al Qazabri et An Nabulsi.

C’est en 2006 que j’ai parachevé l’apprentissage du Coran, j’avais il me semble 19 ans. Ce jour là tout le monde était très content, tant mes professeurs que ma famille. Mes professeurs ont organisé une rencontre à la mosquée à laquelle tous les habitants de la ville ont été invités. Mon père m’a offert la ‘Omra.

L’année suivante a été consacrée à la révision, c’est une année fut très riche en apprentissage. J’ai beaucoup appris de mes professeurs dans différents domaines pas forcément liés au Coran.

En 2008-2009, j’ai du travailler pour financer mes études. Malgré que j’étais dans « la vie active », mon contact avec le Coran n’avait pas changé, je révisais tous les jours. C’est durant cette année que j’ai fait la rencontre Issam Rayan, un homme pieux qui m’a tiré vers le haut. C’est cette année par ailleurs que j’ai pu rencontrer et devenir ami avec Cheikh Omar Al Qazabri dont nos deux amours pour la récitation du Coran se ressemblent.
.


Et aujourd’hui ?

Je viens de parachever ma troisième année de licence de langue arabe et je prépare cette année le diplôme d’accès aux études universitaires DAEU afin de continuer mes études.
..

Tes projets pour le futur ?

Je ne fais cela pour être imam et je souhaite mettre mes acquis au service de la la communauté musulmane et de la société française. Je pense que j’étudierai tout au long de ma vie, néanmoins j’envisage de travailler dans un domaine lié à la religion.

.

Quels sont tes lecteurs préférés ?

Mon récitateur préféré est Cheikh Mostafa Ismail qui fut la référence de tous les Chouyouh d’Égypte comme Cheikh Abdul Samad Abdul Basit et Cheikh Al Minshawi (qu’Allah leur face miséricorde et leur accorde une place spéciale au Paradis). Il a su faire le lien entre les différentes échelles de sonorités (Maqamats) et la voix du récitateur en prenant compte le contenu des versets coranique et de leur sens. Par exemple, il n’abordait pas le paradis de la même manière qu’il abordait l’enfer, sa récitation était différente. Tous les récitations suivent cette tradition de Maqamat (mode vocale) mais j’ai préféré remonté à la source.

As tu des conseils à donner à nos lecteurs qui sont aussi des parents ?

L’apprentissage du Coran est une œuvre quotidienne à la portée de tous à partir du moment ou on le respecte et l’on fait de lui une priorité et un mode de vie. Il faut savoir donner au Coran pour recevoir.

Mon conseil pour les parents est celui que mon Cheikh s’est efforcé de me transmettre comme un père conseillerait son enfant. « Le plus important pour un professeur n’est pas d’enseigner le Coran d’une manière stricte et inconfortable mais plutôt de pousser son élève à aimer le Coran et en faire un mode de vie ».

Enfin je terminerai par citer ce verset qui résume l’importance et la force du Coran  « Si Nous avions fait descendre ce Coran sur une montagne, tu l’aurais vu s’humilier et se fendre par crainte de Dieu. Et ces paraboles Nous les citons aux gens qui réfléchissent. »

 

www.ajib.fr