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Témoignage: Fouad Hafidh Al Quran à 14 ans

C’est lors d’une visite chez un proche que nous avons fait connaissance avec ce jeune imam à la récitation très prometteuse. Prier salat at-tarwih derrière lui était un régal, concentration, soumission, crainte… sa récitation vous fait « vivre le Coran ». Après avoir découvert Abdullah jeune hadih al Quran à l’age de 11 ans, nous vous proposons de découvrir un autre aspect de l’apprentissage du Coran, l’expérience de la madrassa.

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Peux tu te présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Fouad Jarjini, j’ai 23 ans, je suis imam et khatib al jumu3a dans un mosquée en France. Français d’origine marocaine je issus d’une famille de 3 enfants, j’ai un grand frère et une petite soeur. Mes parents sont très religieux mais dans la famille personne ne connait le Coran. Mon père est très actif dans la da’wa et toujours pris soin de notre éducation.

J’ai eu un parcours scolaire classique, maternelle, école primaire et en même temps j’apprenais le coran à la mosquée le mercredi, samedi et dimanche à l’école arabe. Sur le moment, j’étais dégouté, je me rappelle l’imam qui nous donnait des coups de bâton…et j’avais des copains qui ne venaient pas aux cours et occupaient leur temps dans les loisirs. J’ai commencé à 8 ans jusqu’à 12 ans et j’ai appris 3 hizb. Mon père à la maison nous motivait à l’apprentissage du coran, il avait une technique  , il nous disait par exemple, si tu apprends sourate al balad je t’achète ça … Je me rappelle une fois, il y avait une colonie de vacances à destination du maroc et mon père m’a dit : « si tu veux y aller apprends sourate al mulk » il me restait une semaine et bien entendu je l’ai appris et je suis parti au Maroc. Je garde un bon souvenir de ce « chantage » et à l’époque ça me motivait beaucoup.

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.Qu’est ce qui t’as motivé à apprendre le Coran ?

A l’age de 12 ans, mon père m’a proposé de d’aller en école coranique, j’ai accepté.A l’époque ce qui m’a motiver à apprendre le Coran, c’est le respect que le Coran dégageait. J’étais fasciner par un jeune de 15 ans qui venait diriger la prière de tarawih dans ma mosquée et tout le monde l’embrassait sur le front, lui faisait du3a…



.Comment as tu appris le coran ?

Je suis donc entré à la fameuse madrassa château Villemin (la madrassa fermée suite au reportage de canal + ). Au départ j’étais content de prendre un peu d’autonomie et de vivre sans mes parents mais rapidement j’ai ressenti le manque et compris la valeur des parents.

Le fait qu’on était en internat était une bonne chose mais le château était vraiment coupé de tout, il n’y avait rien à faire en dehors de l’apprentissage du Coran. A l’intérieur pas de télé, pas de téléphone (pour les élèves) en général les conditions étaient vraiment très dures sans parler du manger, des douches, du dortoir…La pédagogie et les conditions d’enseignements étaient inadaptés à l’état d’esprit de jeunes adolescents, de jeunes de 12 ans.

Malgré cela par la permission d’Allah, j’ai terminé d’apprendre le Coran au bout de 2 ans et demi soit à l’age de 14 ans. Mon année s’est terminé et je n’ai prévenu personne que j’avais terminé mon hifdh. Je suis rentré à la maison et j’ai demandé à mon père de rassembler la famille à l’occasion j’ai lu le coran et j’ai annoncé à tout le monde que j’avais terminé d’apprendre le Coran. Mes parents et toute la famille étaient très fiers de moi, je me rappelle ils m’ont tous embrassé sur le front et mon glissé quelques billets

J’ai poursuivi mes études islamiques au Maroc pour réviser le Coran et commencer Al 3ulum Asshar3ya (les sciences islamiques). Je suis resté 4 ans la bas : un an à Beni Mallal, la deuxième année au sahara à Rissani dans les alentours de Errachidia et les deux dernières années à l’institut de l’Imam Malik à Sidi Slimane aux alentours de Kenitra). La première année fut assez dure, je n’avais pas la maitrise de la langue arabe mais le plus compliqué fut l’adaptation à la culture locale. Ensuite, j’ai beaucoup profité de la rencontre de savants et de docteurs en Sciences Islamiques comme Farid Al Ansari, Abdullah Ibnou Al Madani, Moustafa Ben Hamza. Cotoyer les professeurs au quotidien était vraiment enrichissant.

Après mes 4 ans au Maroc, je suis rentré en France et j’ai passé 1 ans à l’IESH de Château Chinon. A vrai dire je « maitrisais » le programme religieux et mon but était plus de me perfectionner en français et en éloquence. En effet, j’ai quitté le système scolaire à 12 ans et aujourd’hui il est capitale pour un imam en France de bien savoir parler et écrire le français (khutbas, dourous, parlé avec les autorités, la mairie, les jeunes…)



.Et aujourd’hui ?

J’ai fini mes études à 20 ans, et dès j’ai été contacté par des mosquées pour des postes d’imam. Au début, je souhaitais continuer mes études en littérature arabe mais j’ai rencontré des difficultés du fait que j’avais de diplôme reconnus par l’état français. Suite à cela j’ai accepté un premier poste d’imamat dans une mosquée dans le sud de la France.

J’étais très content j’étais arrivé à mon objectif de devenir imam, ce devoir qui me fascinait depuis plus jeune mais très vite j’ai été confronté à la réalité du terrain. Tout d’abord, être imam à 20 ans est un très grande responsabilité, les gens sont étonnés, les personnes âgées n’acceptent pas forcément un imam plus jeune qu’eux.L’autre difficulté que j’ai rencontré c’est la culture. En effet, les anciennes générations ont tendance à faire un amalgame entre religion et tradition, de sorte qu’il devient compliqué de leur expliquer que toute tradition n’est pas forcément en conformité avec la religion bien que la religion ne s’oppose pas à la tradition lorsque celle ci y est conforme.

Par ailleurs, il est difficile mettre en oeuvre toutes ses connaissances sous l’autorité de responsables qui ne sont pas au faits des subtilités et réalités religieuses.

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As tu des conseils à donner à nos lecteurs qui sont aussi des parents ?

Je dirai qu’il faut motiver les enfants à apprendre le Coran sans les forcer, en laissant de côté les contraintes. Personnellement, je n’ai pas été forcé par mes parents mais les conditions à la madrassa étaient vraiment difficiles.

Quand les enfants sont jeunes, n’hésitez à récompenser leur progrès et leur efforts ainsi que de les féliciter.

Pour moi, d’une certaine manière pour qu’une personne puisse apprendre le Coran il faut un minimum d’exil par rapport à notre confort quotidien. Les mamans doivent pas avoir peur de laisser partit leurs enfants pour apprendre kitabou-LLah.

Le secret c’est d’enseigner le Coran à ses enfants dès le plus jeune age.