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Témoignage: Anass Patel Hafiz Al Quran à 15 ans

Selon Bourayda Al-Aslami (ra), le messager d’Allah (psbl) a dit :  » Celui qui a lu le Coran, l’a appris et l’a appliqué, sera paré le Jour de la Résurrection d’une couronne de lumière, dont la clarté est semblable à celle du soleil. Ses parents seront vêtus de deux habits plus précieux que le monde entier. Ils diront alors :  » Pourquoi avons-nous ainsi été vêtus ? »  Et il leur sera dit :  » Pour avoir poussé votre enfant à apprendre le Coran » Hadith jugé authentique selon les critères de Mouslim


Article du site www.ajib.fr


Peux tu te présenter à nos lecteurs ?

Je suis né à la Réunion, j’ai 34 ans et je suis papa de 3 enfants. J’appartiens à la 4 ème génération de musulmans Réunionnais puisque mon grand père est né la Réunion. Nous sommes issus de l’immigration indo-musulmane de fin du 19 eme siècle, je me sens par conséquent parfaitement français, la question ne se pose même pas ! En effet, quand je vais en Inde, je le ressens d’autant plus, ce qui me caractérise c’est d’être français et musulman.

Je suis venu en France métropolitaine après le bac dans le cadre de mes études supérieures. Al Hamdoulilah, j’ai fait une prepa HEC et j’ai eu un diplôme d’École Supérieure de Commerce ainsi qu’un master spécialisé école d’ingénieur à Centrale Paris.

Je travaille dans la gestion d’actif, ce que l’on appelle asset management où j’étais précédemment directeur de l’investissement et de la stratégie d’une société d’asset management internationale. Maintenant, depuis le début de 2011, je viens de lancer ma propre société dans le même domaine avec une spécialisation pour tout ce qui est touche aux services financiers éthiques.

Je suis par ailleurs le président fondateur de l’AIDIMM, Association d’Innovation pour le Développement économique et IMMobilier. Créé en 2005, l’association suit deux orientations :
– le développement économique pour tous, et notamment pour favoriser l’entrepreneuriat
– l’immobilier avec tout ce qui est lié à l’accession à la propriété.

L’AIDIMM n’est pas une « association musulmane » mais ses domaines d’action sont assez larges et recouvrent l’ensemble des activités liées à la finance alternative, dans le domaine de l’ethique et du solidaire. Notre objectif principal est la sensibilisation, faire prendre conscience aux gens de l’importance de l’économie et plus précisément du pouvoir économique. L’une de mes convictions est que l’on a beau tout faire en France, dire que l’on va changer les mentalités, essayer de mieux intégrer les gens d’origine étrangère, etc… mais fondamentalement, tant que vous ne leur donnez pas une force économique, rien ne va se résoudre. Les musulmans par leur comportement économique, par leur sagesse, leur place, leur contribution à la richesse du pays ne seront plus vus comme un problème mais plutôt comme un exemple à suivre. C’est exactement ce qui s’est passé à la Réunion, qui aujourd’hui peut jouer un modèle modeste à suivre sur les traces qu’ont laissé avant eux les compagnons du Prophète (saw) justement en Inde. Pour rappel, dans beaucoup de pays d’Asie du Sud Est, l’Islam y est arrivée non par les armes mais par le commerce.

Comment as tu appris le coran et quels ont été tes motivations

Mon père est imam, hafidh al Qoran et diplômé de shari3a d’une grande université islamique. Il a quitté l’ile de la Réunion à l’âge de 9 ans pour aller étudier à l’ile Maurice et à compléter son hifdh. En 9 mois il a appris les 60 hizb du Coran.

Quand j’avais 7 ans, il a commencé à tester ma faculté d’apprentissage et mon intérêt pour le Coran. Je me rappelle, c’était pendant les vacances scolaires et j’ai appris a cette époque ½ hizb. A l’âge de 10 ans, mon père a pris la décision de me faire commencer le vrai hifdh du coran avec un professeur qui n’était autre que mon oncle maternel. C’est par la volonté de mes parents et leur sacrifice que je suis entré en classe de hifdh où l’enseignement est assez intense (une heure après al-fajr et une heure le soir après le maghreb) j’ai fait cet apprentissage de l’âge de 10 ans à 15 ans.

Quel rôle ont joué tes proches ?

Mes parents ont joué un rôle fondamental car ils m’ont convaincu d’apprendre le coran, ils ont su mettre en valeur mes capacités, et de manière continue ont su maintenir la motivation avec toute la persévérance qu’il faut pour aller jusqu’au bout, car malheureusement j’ai vu des frères avec moi qui ont abandonnés en cours de route …et je pense que la différence c’est le soutien des parents qui s’impliquent dans les révisions, dans le suivi, etc. Je me rappelle ma mère demander plein de conseils à des anciens autour d’elle et pour l’anecdote, elle m’avait concocté un régime alimentaire spécifique pour fortifier ma mémoire, le matin à base de jaune d’œuf et le soir avec des amandes.

En 1991, ma grand mère maternelle assez âgée et diabétique me disait tout le temps (comme j’étais le premier petit fils qui a appris le Coran) : « je veux te voir compléter ton hifdh afin d’avoir le sentiment du devoir accompli ». J’ai terminé le coran à la fin de l’année 1991 et quelques mois plus tard ma grand mère est décédée, j’étais alors âgé de 15 ans.

Mon grand père maternel, était lui aussi très content. Il était très connu à la Réunion. Il a voulu faire une grande fête spécialement pour recevoir plusieurs centaines de personnes ce qui n’avait jamais été fait auparavant chez lui. Il avait loué de grandes tentes pour l’occasion. Cela m’a vraiment marqué et ça a été je pense un des moments les plus importants de ma vie d’autant plus qu’il y avait beaucoup de personnes qui ont fait duas pour moi…Mon grand père a toujours été un modèle tout au long de ma vie, c’est pour moi la preuve irréfutable qu’on peut être un bon citoyen français (il a été décoré à plusieurs reprises au titre de la légion d’honneur, des palmes académiques, etc) tout en étant un bon musulman (c’était une des personnes les plus respectées dans la communauté musulmane à La Réunion) en plus d’être un chef de famille et proche des gens de toutes sensibilités (à sa mort, c’est un prêtre qui lui a fait un des plus vibrants hommages dans le journal de l’Ile pour l’ensemble de son œuvre social). J’apprends avec satisfaction que bientôt, une rue en plein cœur de St Denis, la capitale de La Réunion, sera nommée en son honneur. Un exemple pour nous tous ici en Métropole.

être hafidh aujourd’hui ?

Je retiens à travers mon parcours d’écolier et d’étudiant deux choses :
–    d’abord, l’apprentissage du Coran renforce les facultés de mémorisation, ta mémoire se développe, apprendre devient plus facile et cela est un acquis qui peut être utilisé comme une véritable force dans tous les domaines et ce à toutes les étapes de ta vie
–    ensuite, c’est la confiance en soi, on a tendance à sentir qu’une fois que l’on a appris le Coran on peut aller au bout de toutes choses. Cette confiance est rassurante et te permets de fixer la barre haute dans tout ce que tu entreprends, que ce soit au niveau personnel, professionnel ou social.

Aujourd’hui c’est une baraka que je ressens tous les jours, une protection contre les fitnas, cela m’a préservé de beaucoup de choses je pense, c’est une conscience supplémentaire qui m’a permis de prendre du recul par rapport à la tentation. J’ai remarqué aussi que pendant ma jeunesse j’ai été protégé certainement involontairement de certaines situations que connaissaient mes amis.

De 1994 à 1999 j’avais un parcours scolaire assez intense ici en France et en Angleterre mais je me suis toujours imposé la lecture de 2 hizb par jour pour réviser un minimum. Pendant le ramadan c’est une période propice pour augmenter les révisions du Coran tous les jours et notamment au travers de la salat tarawaih. A la Réunion dès l’âge de 13 ans, on se prépare tout doucement par 2 ou 4 rakaa de salat tarawih. C’est en même temps la meilleure des confrontations à la révision. J’ai toujours essayé chaque année de respecter ce rendez-vous annuel, ce qui permet également de faire de grandes rencontres en dehors de son ile natale.
Pendant les vacances scolaires des mes études supérieures et ce pendant plusieurs années,  je passais a peu près 1 mois en révision dans des instituts en Angleterre notamment avec des amis de la Réunion qui étaient en formation d’imam.

Âpres mes études j’ai fait un semestre à l’IESH de Château Chinon pour apprendre l’arabe. Ils m’ont accepté malgré le peu de temps que j’avais à l’époque. C’était très profitable car c’était une immersion totale en environnement arabophone, et de surcroit j’ai eu la chance de rencontrer et de côtoyer des savants francophones ce qui a été déterminant dans mes orientations par rapport à mon travail associatif et la finance islamique.

As tu des conseils à donner à nos lecteurs qui sont aussi des parents ?

En termes de valeurs éducatives, je dirai qu’il est de notre responsabilité de parents d’initier nos enfants à l’apprentissage du coran et des sciences islamiques.

S’il y a une chose qu’on a tendance à minimiser, c’est bien la richesse de nos sources. Souvent, on se laisse prendre par ce qui nous est donné par la société actuelle, avec ce qui est bon et moins bon, avec des outils qui ont réussi à conquérir voire envahir notre quotidien comme la télé, Internet… Il ne faut pas tout rejeter en bloc mais bien être très sélectif, ces outils sont à l’image du couteau qui peut être un instrument profitable pour manger par exemple mais nocif quand il s’agit de l’utiliser pour des actes de violence.

Ainsi, la vie du prophète est une source incommensurable de sagesse, notamment pour l’éducation des enfants mais aussi pour s’enrichir de son histoire et s’ouvrir sur les autres. L’Islam est une religion de dialogue et non pas de d’enfermement, c’est une source de vie qui donne entièrement place à l’altérité et non au rejet de l’autre, quelque soit ses origines, ses convictions et son orientation.

Pour conclure, l’apprentissage par la mémorisation est le meilleur des entrainements, on développe son cerveau, cela renforce les facultés de concentration et de mémorisation. Une fois que l’on a rodé notre esprit à cela, nous bénéficions de schémas d’apprentissage que nous pouvons reprendre dans n’importe quel domaine.
Enfin, il faut dire qu’en France les infrastructures éducatives ne sont pas totalement disponibles, les parents ont d’autant plus de mérites quand ils font un sacrifice et donne de leur temps et de l’importance à l’acquisition du savoir.

L’apprentissage du coran, c’est l’acquisition de la sagesse, une bénédiction d’Allah, une protection contre l’ignorance, une source de respect des parents et de bon comportement pour l’enfant.